Google
 
Dans le Web Dans le site Regard

31/08/2004

Différents groupes de pression ou d'intérêt, je ne sais pas comment les appeler, ont travaillés dans la même direction, si bien que, vu de l'étranger, il était tout à fait possible de croire que :
1/ La France fait face a une montée de l'antisémitisme tout à fait remarquable et particulièrement inquiétante.
2/ L'Islam est un véritable problème (fléau) en France qui menace la République. Et qu'il y a une guerre entre la République et l'Islam.

Or, nous savons ce qu'il en est des actes d'antisémitismes qui ont fait le plus de bruit ces derniers temps. Une femme agressée dans le RER parce qu'on l'a crue juive, c'était une mythomane. Un cimetière profané, c'était un pauvre imbécile qui cherchait à faire parler de lui. Un incendie dans un local associatif juif, c'était une vengeance d'un bénévole (juif) de cette association.
En ce qui concerne l'Islam, la principale menace à laquelle la République doit faire face est l'entrée en classe de jeunes filles portant un foulard sur la tête. Combien sont-elles sur l'ensemble des jeunes musulmanes scolarisées en France ? Une cinquantaine, peut-être moins. Mais il a fallu qu'on en parle et qu'on légifère.
Tout ceux qui ont contribués à créer cette atmosphère nauséabonde devraient ouvrir les yeux et noter certaines conséquences de leur actes.
Au sujet de la montée de l'antisémitisme, je voudrais leur rappeler qu'à force de crier, Au loup ! lorsqu'il n'y a pas de loup, le jour où le loup se montrera, plus personne ne voudra les prendre au sérieux.
Au sujet de la guerre entre la République et l'Islam, ils doivent savoir que qui sème le vent recolte la tempête.

Maintenant, suite à l'enlèvement de nos 2 journalistes, la France entière est unie pour dire qu'il n'y a pas de problème entre elle et l'Islam. Bien sûr, mais ce n'est absolument pas ce qu'on a voulu nous faire croire jusqu'à présent.

30/08/2004

Sommes-nous en train d'assister au triomphe de la connerie ? C'est l'impression que me donne aujourd'hui les titres de la presse. Mais il serait malvenu de perdre espoir. Je garde en tête que les journalistes servent en quelque sorte de loupe ou de projecteur aux événements qui ont lieu. Et ils préfèrent nous montrer le pire plutôt que le meilleur. Créent-ils la bêtise humaine ? Certainement pas. Mais ils la favorisent et nous assistons à une véritable escalade aux effets très néfastes. Ce qui me tue, en réalité, c'est de découvrir la connerie aux endroits où elle ne devrait pas être.

Je trouve néanmoins une phrase intelligente dans un article du Monde, à propos de la démotivation des salariés. C'est une déclaration du PDG de Chronopost, Gilles Moutel. Il nous dit :"Avant, l'équation était simple : si un salarié donnait beaucoup à une entreprise, elle le lui rendait. Maintenant, du fait de l'instabilité économique, les salariés doutent de la pérennité d'une telle équation." Il a tout compris.

C'est un peu l'histoire de l'arroseur arrosé. L'opinion française donnait presque raison à la "résistance irakienne" contre les Etats-Unis. Les morts étrangers en Irak étaient le résultat de la politique international de George Bush. Mais personne ne trouvait à redire aux contradictions de Jacques Chirac entre ses discours à l'étranger et sa politique en France. Aujourd'hui 2 journalistes français sont pris en otages en Irak. Ils risquent la mort à cause d'une histoire de voile.
"Aujourd'hui, c'est toute la Nation qui est rassemblée car ce qui est en jeu, c'est la vie de deux Français. C'est la défense de la liberté d'expression. Ce sont aussi les valeurs de notre République", a déclaré notre président. Au risque d'en decevoir plus d'un, je tiens à rappeler qu'outre le pétrole, c'est aussi au nom de ses valeurs, qu'il serait absolument stupide et prétentieux de croire spécifiques aux français, que d'autres sont morts en Irak. La chute de Saddam Hussein était, selon moi, une victoire de la liberté. La loi contre le voile n'en était pas une.

24/07/2004

L'un des arguments que certains opposent à l'entrée de la Turquie dans l'Europe, est que ce pays ne respecte pas les droits de l'homme. Or, au contraire, il me semble que c'est une bonne raison de l'accueillir car, en tant que membre de l'union européenne, ce pays subira une telle pression qu'il lui sera impossible de ne pas mettre fin à certaines pratiques (il est même impensable qu'il ne les ait pas déjà réformées bien avant son entrée, si elle devait avoir lieue).
Je fais le parallèle avec l'histoire de nos jeunes filles voilées. L'école laïque veut leur interdire son accès, car elle ne respectent pas les lois de la république. Or où ces jeunes filles ont-elles l'occasion d'apprendre ce qu'est la république et ce que sont les valeurs sur lesquelles s'est bâtie la nation française ? Où auront-elles l'occasion d'apprendre Rousseau, Descartes, Diderot... etc. Où iront-elles trouver des idées propices à leur émancipation si ce n'est à l'école laïque ? Le fait que celle-ci refuse de les accueillir est en réalité révélateur d'un phénomène très inquiétant : l'école laïque reconnaît implicitement qu'elle n'est plus en mesure d'inculquer ses valeurs aux enfants. Quand on sait que, dans les banlieues dites "difficiles", la plupart des parents baissent également les bras, on peut se demander si la loi n'est pas en train de faire tout le contraire de ce qu'elle devrait faire. Elle devrait, en effet, obliger les jeunes filles, voilées ou pas, à aller à l'école. Le plus important n'est évidemment pas ce qu'elles portent mais ce qu'elles apprennent. Et l'école ne doit surtout pas baisser les bras car, dans la société telle qu'elle évolue, les enfants auront plus que jamais besoin de repères. La république devrait se dire, pas question qu'ils les trouvent ailleurs, plutôt que, s'ils ne m'acceptent pas ils iront voir ailleurs. Car c'est effectivement ce qu'ils feront.
Malraux disait, "le XXI eme siècle sera spirituel ou ne sera pas", il me semble que chaque année qui passe ne fait que nous le confirmer.

21/08/2004

Au centre de l'Afrique, un homme se lève pour raconter une blague à ses amis. Mes frères, vous savez que les esclaves en Amérique étaient plus heureux que nous ?
- Ah bon, pourquoi ? Lui demantent-ils en choeur.
- Parce qu'au moins, après les coups de bâtons, on leur donnait de quoi manger.
Cette fois, personne n'a rit. Tu nous embêtes avec tes sales blagues, lui ont-ils fait savoir.

17/08/2004

Il y a, c'est un fait, un phénomère Sarkozy dans ce pays. Cela veut dire que ce ministre est une référence pour tous les français. Les publicitaires l'ont très bien compris et ce sont eux qui me démontrent l'existence indiscutable de ce phénomène.
Pour relancer la consommation, le ministre de l'économie décide d'une baisse des prix dans la grande distribution. Du coup, on voit fleurir un peu partout des affiches publicitaire de grandes enseignes ventant leurs prix bas. Bref, Sarko a lancé la mode des prix bas en France. Heureusement, les phénomènes ne sont pas fait pour durer. Après un certain temps, ils nous fatiguent et, surtout, on se rend compte qu'il n'y a rien derrière, que ce n'est que du vent.

16/08/2004

Pour faire suite à mon propos d'hier, concernant l'identification du véritable danger de racisme en France, j'aimerai raconter l'histoire de Phinéas, car elle illustre parfaitement l'attitude de ce pays, c'est à dire son aveuglement et son hypocrisie.
Philéas est un jeune français de 24 ans qui voue une véritable haine aux arabes. Il vient de perdre son travail et ne sait plus trop où il en est dans la vie. Le 11 septembre 2001, il regarde à la télévision des avions s'écraser sur les tours du World Trace Center de New-York. C'est plus qu'il ne peut supporter. Les arabes sont en train de détruire le monde occidental. Phinéas demeure spectateur des événements, espérant une réaction forte des groupements néo-nazis. Mais rien ne vient. Phinéas décide alors d'agir pour réveiller les consciences de ces groupements. Le 5 août 2004, pour faire parler de lui, il agresse un arabe à coup de hachette dans la rue. Mais (et c'est là où cette histoire est vraiment drôle) l'affaire ne récolte que quelques lignes dans la presse locale. Phinéas n'en revient pas. C'est pas possible, se dit-il, j'agresse un bougnoule, sans raison, et la presse n'en parle même pas. Du coup Phinéas se résout à un geste moins glorieux. Un soir, il se laisse enfermé dans un cimétiere juif et, la nuit tombée, seul face à des caméras qu'il a pris soin de repérer, il saccage quelques tombes à coup de bombe de peinture. Avant de disparaître, il abandonne quand même sa fameuse hachette, histoire de permettre aux enquêteur de faire le lien avec l'autre "affaire", celle dont il est fier et se glorifie. Quelques jours plus tard, la France entière connait Phinéas. Son nom est dans tous les journaux et la télévision ne cesse de parler de lui. Phinéas a atteint son objectif. Il peut alors se rendre à la police la conscience tranquille.
Pour bien faire, je ne peux m'empêcher de rajouter un petit détail à cette histoire. Phinéas a trouvé son nom en regardant un reportage sur les groupuscules nazis aux Etats-Unis à la télevision.

15/08/2004

Si vous lisez régulièrement ce blog ou si la curiosité vous a conduit à lire mes précédents articles, en particulier ceux concernant la loi contre le port du voile islamique, vous devez savoir que je crains davantage le danger que constitue l'islamophobie en France que celui constitué par l'antisémitisme. Mais entendons-nous bien. Mon propos n'est pas de faire de différence en disant que l'un est pire que l'autre. Je lutte contre le racisme, quel qu'il soit. Ceux qui me lisent savent que j'ai critiqué à maintes reprises l'attitude inverse qui consiste à faire la distinction entre le racisme et l'antisémitisme. L'antisémitisme est une forme de racisme et, en différenciant l'antisémitisme du racisme, on abouti à la situation que je tente de prévenir en écrivant ces mots, qui consiste à traiter d'antisémite toute personne qui s'élève contre le racisme anti-arabes, comme certains vont traiter d'anti-arabes tous ceux qui lutte conte l'antisémitisme.
Je veux lutter contre le racisme, en particulier anti-arabe, car pendant que la France entière se montre attentive au moindre acte d'antisémistisme, personne, en particulier parmi les intellectuels et les journalistes, ne fait grand cas de l'islamophobie. Bien au contraire, comme le démontre cet article lu sur le site du journal Le Monde, intitulé "Je hais l'islam, entre autres..." (mais on a vraiment le sentiment que le "entre autres" est là juste pour adoucir un peu le propos) on voit des intellectuels revendiquer leur islamophobie et des grands médias diffuser leurs propos "philosophiques" (l'auteur de ce texte, Patrick Declerk (il porte bien son nom) est psychanalyste et écrivain).
Cela m'amène à me poser deux questions.
Tout d'abord Le Monde aurait-il publié un article, écrit par un intellectuel, intitulé "Je hais le Judaïsme, entre autres..." ? Les articles de ce genre ne doivent pas manquer, ils ont été écrits dans les années 1930 et on sait ce qu'ils valent, on sait, d'autre part, où ils nous ont menés.
Ensuite, je me demande où se situe le véritable danger. Est-ce dans le fait que deux écoliers de 11 ans traitent un autre écolier de "sale juif" ou dans le fait qu'un intellectuel écrive dans Le Monde "je hais l'Islam, entre autres..." ?

Je reproduis quelques extraits de l'article en question.

"D'abord, en ces temps de tolérance programmatique et de vacuité d'un respect exigé a priori, "haïr" ne se fait plus. C'est même pratiquement illégal. Et d'un laisser-aller des plus odieux... Ainsi, nos dogmes politico-religieux - et la démocratie a placé l'homme à la place très exacte qu'occupait la divinité dans l'ancienne architectonique de la théologie chrétienne - nous interdisent de penser l'ennemi, de le concevoir, de se le représenter. Bref de le haïr."

Et oui, nous faisons des choix de société. Ce que ce Patrick Declerck ignore ou feint d'ignorer c'est que ces choix ne sont pas dûs au hasard. Ils sont les résultats d'une histoire de plusieurs millénaires, d'une expérience humaine et de la pensée qui remonte à la Grêce antique (on apprenait ça en classe de 3eme).

"Aussi la question se pose : la démocratie permet-elle, dans son fondement, dans son essence même, qu'existe encore un fait ? Un fait objectif ? Que subsiste, quelque part, l'heuristique morsure du principe de réalité ? Non. Non, car la démocratie n'est in fine que le dernier masque avili et souillé du christianisme, cette vieille consolation des esclaves de Rome. Cette religion fondée par un homme tellement affolé par la perspective du conflit œdipien face à un père réel qu'il alla jusqu'à s'imaginer, malheureux psychotique, un père céleste... Or "la guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l'amour du prochain. Ce n'est pas votre pitié mais votre vaillance qui jusqu'à présent a sauvé les malheureux." Ainsi parlait Nietzsche ! Ainsi parlait Zarathoustra ! Ainsi parlait la virilité !"

Il préfère la pensée de Nietzsche à celle du Christ. C'est son choix. Nietzsche a également servi a légitimer la doctrine nazie. Peu de gens comprennent réellement Nietszche. Patrick Declerk n'en fait pas parti.

Je hais le fait religieux en général, parce qu'il aliène l'homme en lui faisant prendre des messies pour des lanternes. Je hais l'islam en particulier, parce que l'islam est un système d'oppression tragique des deux sexes.

Dans la mesure où il est libre de choisir sa croyance, je comprends mal cette haine de l'islam. Moi non je plus ne choisirais pas cette religion, car je considère qu'elle ne correspond pas à mes croyances, mais dois-je pour autant la haïr ? En lisant ces lignes, j'ai presqu'envie de recommander à ce psychanalyste un bon psychiatre.

Cette haine de l'islam, je revendique publiquement le droit de l'exprimer. Publiquement. Quitte éventuellement à transgresser, oui, les lois de la République. Car dénoncer aujourd'hui les féroces imbécillités des croyances religieuses est plus qu'un plaisir, c'est un devoir. Et un honneur. Celui de montrer qu'il est possible d'exister debout, sans béquilles et sans illusions.

En ces temps où, une nouvelle fois, la religion fait la guerre, il urge de revendiquer encore, et toujours, et hautement, la dignité supérieure de l'homme sans dieu.

Ainsi fini l'article en question. En tant que psychanalyste, Patrick Declerck devrait savoir que la haine est une forme de pathologie assez grave. Quel mal lui ont fait les religions ? C'est la question qu'il devrait se poser sur le divan. D'autre part, je remarque une contradiction énorme dans son propos. Lorsqu'il critique la démocratie, se référant à Nietszche, il écrit "la guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l'amour du prochain." Ensuite, il nous dit sa haine de l'Islam, entre autre, parce que c'est une religion de guerre et de courage.
Nul doute que s'il avait été arabe Patrick Declerck serait parmi les islamistes radicaux. N'envient-ils pas leur force, leur courage, et leur manière de porter haut leur haine de la démocratie occidentale ?

Plus que de lutter contre le racisme je crois qu'il conviendrait de lutter contre la haine et la bêtise tout simplement. Merci M. Declerck de nous le rappeller si brillamment

14/08/2004

Cela fait des décennies qu'il y a des morts en Irak. Du temps de Saddam nous ne les comptions pas. Aujourd'hui nous les comptons. Cela fait une différence.

13/08/2004

J'entends que 4 milliards d'êtres humains vont regarder la cérémonie d'ouverture des J.O à la télévision.
Je fais parti des 3 milliards qui ne la regarderont pas.
Je lis le titre de la couverture de l'hebdomadaire Paris Match : "Laura Smet, sa beauté éclate en plein soleil."
Je reste planté quelques minutes devant le kiosque à journaux, me demandant si je rêve ou pas.
Non, je ne rêve pas.

12/08/2004

J'admire la volonté et surtout l'ardeur avec laquelle on décide en France de faire la guerre au racisme et à l'antisémitisme. Ainsi, il suffit aujourd'hui qu'un imbécile profane un cimetière ou encore que deux élèves idiots traitent leur camarades de "sale juif" pour que la nation entière s'émeuve. J'entend des nombreuses réactions de personnnes qui déclarent, avec une certaine haine dans leurs propros, leur intolérance à l'intolérance. Ils ont peut-être raison. Peut-être devons-nous condamner et punir de tels actes avec toute la sevérité qu'ils méritent. Peut-être devons-nous nous avilir en opposant à la haine des imbéciles notre propre haine pour ne plus jamais revoir ça. Or ça c'est quoi ? Ce sont ces millions de gens innocents que les nazis ont envoyés dans des camps de concentration, "ça" c'est l'horreur poussé à son paroxysme, c'est une faute telle que l'humanité aura beaucoup de mal à se faire pardonner. Mais, en mémoire de ce génocide, comment peut-on fermer les yeux sur les dizaines, voir même les centaines, d'autres génocides qui ont eu lieu dans le monde depuis le fin de la seconde guerre mondiale ? Pour lutter contre le retour du mal absolu ne serait-il pas plus efficace de refuser le plus fermement possible des événements tels que ceux du Darfour plutôt que deux jeunes garçons qui traitent leur camarde de "sale juif" ? Je me pose la question, surtout en voyant le traitement que la presse réserve à ces différents événements et les réactions qu'ils sucitent parmi la population. J'ai le sentiment que tous ces actes que nous jugeons inacceptables sont en fait des échappatoires pour rassurer notre conscience parce que l'inacceptable se produit chaque jour, mais suffisamment loin de chez nous pour qu'il en devienne acceptable. L'inacceptable est accepté, depuis toujours, hélas, et je n'écris rien de nouveau finalement.

09/08/2004

Un article de libé. Le titre en dit assez long. "Les grands groupes français narguent une économie en berne". Ce journal a toujours eu du talent pour trouver ses titres. On comprend encore mieux de quoi il s'agit à la lecture du sous-titre. "Profits spectaculaire en 2004 alors que le chômage augmente". Voilà, comme ça, le problème est posé. Avec mes idées de gauche je devrais normalement m'écrier, Quel scandale ! Quel honte ! Mais je m'en abstiens. Et j'ai plutôt envie d'applaudir, sans aucun cynisme. J'applaudis tout simplement parce que la démonstration est faite, et bien faite, qu'en temps de crise c'est par des judicieuses politiques de restriction de la masse salariale que les grandes entreprises arrivent a maintenir le haut niveau de leurs profits. Autrement dit, je suis heureux de voir que toutes les personnes qui ont été licenciées ne l'ont pas été pour rien. Certes, ce n'est surêment pas une consolation pour tous ces chômeurs de savoir qu'ils ont été licenciés alors que leurs entreprises continuent de faire du profit. C'est pourquoi, ils devraient prendre conscience de certaines réalités de notre monde.
A la question, quel est le rôle de l'entreprise, assurer du travail à chacun ou faire du profit ? Nous avons répondu faire du profit. Cette réponse a du sens si l'on considère que c'est seulement en faisant toujours plus de profit qu'une entreprise assure sa survie et donc du travail à ses salariés. Ce choix peut être discuté mais, comme il semble celui du plus grand nombre, je m'y soumets. Ayant accepté cette idée, ayant acquis cette conviction, je ne peux que me féliciter de ce que les entreprises fassent davantage de profit, car ce sont elles qui créeront, demain, lorsque la croissance reviendra, les nouveaux emplois (une idée chère à Raffarin). Bref, nous sommes dans un système où l'on perd son travail en temps de crise et où l'on retrouve du travail en temps de croissance (si tout va bien).
C'est une forme de fléxibilité forcée du marché du travail. J'accepte qu'il faille désormais vivre de cette manière, mais je demande qu'il n'y est, dans ce cas, aucune hypocrisie.
Si le chômage n'existait pas dans le système communiste, force est de constater qu'il fait absolument parti de notre système et que, pour que ce système continu de fonctionner du mieux possible, il lui est même indispensable. En temps de crise, l'entreprise doit créer du chômage pour survivre. Sachant tout cela, l'hypocrise dont je parle est celle qui consiste à faire croire que les chômeurs sont les propres responsables de leur chômage.
Si les personnes qui reclament la possibilité d'engager mais surtout de licencier le plus simplement possible, sont paradoxalement les premières à propager cette idée, c'est en partie parce que se pose le problème de la rémunération des chômeurs qu'ils créeront. Le principe est simple. Ils se disent, nous disent et disent : c'est de leur faute si ces "gens-là" n'ont pas de travail, nous ne sommes pas responsable, nous n'avons donc aucune raison de payer pour eux. En réalité, comme ils licencient pour faire davantage de bénéfice, ils devraient financer les besoins de l'assurance chômage, car elle constitue pour eux une sorte de "parking" des ressources humaines. Ils se servent quand ils ont des besoins et se débarassent au même endroit.
Il y a une autre raison, plus profonde encore, qui fait que ceux qui préconisent le droit de créer des chômeurs sont les premiers à condamner les chômeurs. Les chômeurs sont en réalité les sacrifiés de notre système. Il faut bien l'admettre. Si une personne a été licencié pour que son entreprise puisse continuer à en payer 9 autres, on peut lui donner ce qualificatif. Mais, vue de cette manière, les choses ne paraîssent vraiment pas très gaie. Comment ne pas avoir honte et ne pas baisser les yeux lorsque je croise l'un de mes anciens collègues, devenu chômeur pour que je puisse garder mon emploi ? Peut-être même ai-je agi contre lui, afin qu'il soit licencié plutôt que moi... N'ai-je pas fait mon possible pour sauver ma place lorsque j'ai appris que l'entreprise allait procéder à des licenciements économiques ? Alors, comment regarder cet homme ou cette femme en face ?
Je crois qu'il est malheureusement plus "confortable" de regarder les chômeurs comme des profiteurs du système plutôt que comme les victimes de ce dernier.
Les chômeurs sont des doubles sacrifiés. Sacrifié une fois pour que l'entreprise continue de prospérer. Sacrifié une seconde fois (on ne leur accorde plus aucune considération) pour que la société se décharge du poids de sa culpabilité.