Créance de sang, c'est le thriller de l'année !"
Moi, ne comprenant pas où il avait été chercher ce superlatif, "Le thriller de l'année ?" "Ben oui, m'a-t-il répondu, y'a marqué thriller de l'année sur la boîte". Effectivement, vu sous cet angle...
La deuxième chose qui me vient à l'esprit, ce sont les plus beaux vers du monde qu'un poète ait jamais écrit :
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer
Mais il y a aussi :
Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
Ou encore :
Pour soulever un poids si lourd
Sisyphe, il faudrait ton courage!
Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.
Et enfin, car je me suis arrêté là dans ma lecture des Fleurs du mal de Baudelaire, croyant avoir un orgasme :
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer
[...]
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!
Ce "implacables", à la fin du poème, tombe avec un force extraordinaire, vous ne trouvez pas ?
21-05-2003
Dans un article sur lemonde.fr, je relève cette phrase absolument merveilleuse, une perle du style "journalistique", qui démontre que, même dans les hautes sphères du pouvoir, on n'est pas totalement dépourvus de bon sens : "L'Elysée semble s'interroger sur la pertinence d'une stratégie qui consiste à imposer aux fonctionnaires de l'éducation nationale plusieurs réformes à la fois : la décentralisation des personnels techniques, les retraites et l'autonomie des universités."
Effectivement, il y a bien de quoi s'interroger.
20-05-2003
Le problème de ce gouvernement est qu'il a été magnifiquement élu par les français mais il réussit quand même à les faire descendre dans la rue.
Le problème des français est qu'ils ont finalement la politique pour laquelle ils ont votés.
19-05-2003
Milan Kundera parlant du roman : "...ce fascinant espace imaginaire où personne n'est possesseur de la vérité et où chacun a le droit d'être compris".
17-05-2003
Ecrire c'est parler un peu moins, réfléchir beaucoup plus.
13-05-2003
Grosse journée de grêve en France. Les syndicats ne veulent pas de la réforme des retraites du gouvernement Raffarin. C'est un bras de fer qui commence pour savoir qui de la rue ou du premier ministre gouverne. Ce dernier est persuadé de faire ce qui doit être fait pour la France. Les syndicats, quant à eux, défendent les intérêts des travailleurs qui, il faut l'admettre, vont souvent à l'encontre de ceux du pays. Car, selon l'opinion de M. Raffarin et toute la clique, une opinion des plus répandus parmi les gens censés, c'est en privilégiant ceux qui font travailler les autres que l'on progresse. Ainsi, on agit dans l'intérêt du plus grand nombre en privilégiant le petit nombre. Mais le plus grand nombre n'est pas en mesure de comprendre cela. Ceux que ces réformes concernent n'auraient donc rien à dire car c'est pour leur bien qu'elles sont faites.
Alors qui gouverne ? Jean-Pierre Raffarin n'osera jamais nous le dire. Ce n'est évidemment pas la rue, mais les quelques centaines de milliers de personnes qui bénéfieront des baisses d'impôts, tous ceux qui n'ont aucun soucis à se faire pour leur retraite.
Dans le système démocratique on dit : un homme, une voie mais, en réalité, pour donner une idée plus juste du monde dans lequel nous vivons, il faudrait accorder aux hommes autant de voies qu'ils ont de subalternes. Ainsi, aux élections, un grand patron pourrait avoir 100 000 voies alors que chacun de ses ouvriers n'en auraient qu'une seule. Nous aurions alors une idée plus juste de qui décide dans ce pays.
11-05-2003
Quelques lignes tirées de "L'art du roman", de Kundera, me ramènent aux grandes manifestations qui ont précédées l'intervention américaine en Irak. En effet, je me suis toujours demandé pourquoi tous ces pacifistes luttaient contre cette guerre-là alors que des centaines, voir des milliers, d'autres guerres, bien plus meutrières, ont lieu sur la planète sans que personne ne s'en préoccupe.
Voici la réponse de Kundera :
"Le système irrationnel ne domine pas moins la vie politique : la Russie communiste avec la dernière guerre mondiale a gagner en même temps la guerre des symboles : à l'immense armée des Esch* aussi avide de valeurs qu'incapables de les distinguer, elle a réussi, au moins pour un demi-siècle, à distribuer les symboles du Bien du Mal. C'est pourquoi, dans la conscience européenne, le goulag ne pourra jamais occuper la place du nazisme en tant que symbole du Mal absolu. C'est pourquoi on manifeste massivement, spontanément contre la guerre au Vietnam et pas contre la guerre en Afghanistan. Vietnam, colonialisme racisme, impérialisme, facisme, nazisme, tous ces mots se répondent comme les couleurs et les sons dans le poème de Baudelaire, tandis que la guerre en Afghanistan est, pour ainsi dire, symboliquemet muette, en tout cas au-déla du cercle magique du Mal absolu, geyser de symboles."
Ces lignes ont été écrites entre 1979 et 1985, nous sommes en 2003, je laisse donc à chacun le soin de faire les petites rectifications qui s'imposent concernant les lieux des conflits.
*Esch est le personnage d'un roman d'Hermann Broch.
08-05-2003
Dans la série je rêve ou j'hallucine, arrêtez moi si je me trompe, voilà une chose que je trouve assez curieuse.
Depuis 2 ou 3 semaines, Bernard-Henri Lévy, l'un de nos plus grands intellos, squatte les plateaux de télévision et les stations de radio. Au début j'ai cru qu'il faisait cela pour dénoncer l'assassinat d'un journaliste américain qui s'appelle Daniel Pearl. J'ai cru que BHL, comme on le surnomme, était en train de se jeter corps et âme dans une lutte contre les puissances du mal. J'ai cru qu'il voulait se battre pour que la vérité éclate et que justice soit faite. Or quelle grave erreur je faisais !!! Au bout du troisième passage à la télé et de la deuxième émission de radio où il apparaissait, j'ai compris que ce monsieur faisait la promotion d'un livre qu'il vient de d'écrire.
La nuance est importante. Et aujourd'hui je suis dans un doute profond. Qu'est-ce qui intéresse BHL ? Vendre son livre ou... ou quoi déjà ?
05-05-2003
Arthur Rimbaud. Rare sont ceux qui ne l'apprécient pas. Je croyais connaître ses plus beaux poèmes mais il y en a un que les anthologies "classiques" ignorent. A mon avis à tort car il figure parmi ses plus beaux. Il parle de cul. Plus que de cul, en fait, du trou du cul. C'est pourquoi on ne le lira jamais dans une salle de classe, entre "Le dormeur du val" et " Ma bohème".
L'idole sonnet du Trou du Cul
Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi sa mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au coeur de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
A travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.
Mon rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C'est l'olive pâmée, et la flûte câline ;
C'est un tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !
Arthur Rimbaud
02-05-2003
Louis-Ferdinand Céline. Assez bête pour être antisémite mais trop génial pour écrire avec ce sentiment.
Trois grands romans : "Voyage au bout de la nuit", "Mort à crédit" et "Nord". Ces oeuvres sont immortelles. Mais que reste-t-il de leur auteur et de son antisémitisme ? Des longues polémiques poussiéreuses entre historiens, biographes et fascistes minables qui n'intéressent plus personne.
Les grands romans, pour survivre à leurs auteurs, doivent exprimer la vérité. C'est pourquoi l'antisémitisme de Céline n'a pas trouvé sa place dans les romans que j'ai cités.
De nombreux critiques tentent d'expliquer ce contraste entre l'oeuvre et l'auteur. Mais à quoi bon ? Ne suffit-il pas de constater que l'homme se trompait et que son oeuvre nous le prouve.
Pour tout savoir sur Céline :
http://louisferdinandceline.free.fr
01-05-2003
Vous n'entendez rien au bonheur.
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