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28/09/2004

En 1916, en plein milieu de la première guerre mondiale, André Gide écrit les mots suivants dans son journal :

"Tout me persuade de plus en plus que ces questions de stratégie dont on fait un si grand mystère et pour la solution desquelles on prétends que des connaissances extrêmement spéciales sont indispensables, sont des questions de gros bon sens - qu'un simple esprit, droit, lucide et prompt, est souvent plus habile à résoudre que nombre de vieux généraux. Il est beaucoup plus difficile pour ceux-ci de se dégager des routines où les a maintenu toute leur carrière, qu'à un esprit neuf de ne s'y engager pas du tout. On se moque des stratèges en chambre… Ceux-là du moins ne sont pas dangereux. Je tiens pour assuré que, dans le nombre, il s'en trouverait plus d'un fort habile, à qui ne manquent que les données, pour raisonner parfaitement. Mais quand on lit le général L. ou M., par exemple, dans le Temps d'hier, on frémit de songer qu'avant d'être mis à la retraite, cette pauvre cervelle jouait les destinées du pays."

Cette (remarquable) remarque s'étend bien au déla des affaires militaires. Elle concerne grand nombre de personnes formées pour occuper des postes à responsabilité... A commencer par les hommes politiques. Sans mettre en cause le bon fonctionnement de leur cervelle, je pense que le véritable changement, en politique, ne se réalise pas par le passage de la confiance des électeurs d'un leader de gauche à un leader de droite (ou inversement), car ils sortent pour la plupart du même moule. Si l'on veut un véritable changement dans la conduite des affaires d'un pays, il faut, en politique, des hommes issuent de millieux différents, avec des formations différentes, "des esprits neufs" selon l'expression de Gide.

27/09/2004

Ce week-end, j'ai regardé l'une des plus fameuses emissions de télévision du moment. Il s'agit bien sûr de la Star Academy de TF1. Quoi qu'on en dise, je ne pense pas qu'il s'agisse là d'une simple emission de divertissement. De nombreuses personnes, adultes et enfants, la regardent et s'éduquent avec ce type de programme.
Ils apprennent à peu près tout de la vie à travers la star'ac. Ils apprennent énormement de choses qu'il serait intéressant d'étudier. En tout cas, il y en a une, flagrante, qui m'a un peu choqué. Lorsqu'une des éleves (mais peut-être conviendrait-il mieux d'écrire candidate), se rendant compte qu'elle n'est pas faite pour le métier de star, décide de quitter l'école, le directeur pique une véritable crise de colère en lui disant que des millions de personnes aimeraient être à sa place. Et il trouve honteux qu'elle ne sache profiter de la chance extraodinaire qui lui a été offerte. Autrement dit, rien n'est mieux dans la vie, même pas le fait de se sentir bien dans sa peau, qu'être à la starac. Voilà un enseignement important pour les téléspectateurs, une évidence pour tous.
Ensuite, lors des répétitions, on voit les élèves se faire engueuler par des profs autoritaires dont on sait très bien que, s'ils avaient eu le talent nécessaire, ils ne seraient pas professeurs mais artistes eux-mêmes.
Je n'aime pas que l'on communique ainsi à des millions de gens que c'est en rabaissant des êtres humains, en leur disant qu'ils sont fainéants et mauvais, qu'on obtient d'eux le meilleur. On pense toujours que le meilleur "coach" est celui qui gueule le plus. Mais, pour un champion créé, combien de personnalités détruitent par cette méthode ? Je suis persuadé que la méthode inverse, qui consiste à encourager les êtres humains, même quand ils ne sont pas vraiment à la hauteur de ce qu'on attend d'eux, donne des biens meilleurs résultats. Ce n'est pas en rabaissant l'âne qu'on arrive à en faire un cheval de course. Pourtant, grâce à la starac, les téléspectateurs peuvent se persuader du contraire.
Bientôt des milliards de gens seront prêts à tout accepter pour devenir des stars.
Mais, en fait, n'est-ce pas déjà le cas ?
Premiers signes d'une nouvelle forme d'esclavage.

20/09/2004

Il y a certains mots dont chacun se fait sa propre représentation. Générosité, par exemple. Pour l'altruiste, il signifie donner sans compter et sans se soucier que demain il manquera peut-être de ce qu'il donne. Pour le radin, générosité signifie glisser, de temps à autre, une pièce de monnaie dans la main d'un mendiant. Jamais il ne lui viendrait à l'esprit qu'il est possible de se défaire de ce qu'il possède, pour lui, cela est tout simplement impensable et inimaginable. Si on lui demande, le radin dira que, comme l'altruisme, il est généreux. Et, effectivement, pour lui, il l'est.

19/09/2004

Métisse, c'est n'être d'aucune couleur et toujours de la mauvaise couleur. Au milieu des blancs, le métisse est noir, parmi les noirs, le métisse est blanc.

15/09/2004

Eric Le Boucher écrit un bel article dans le Monde pour expliquer que l'Europe sociale n'est pas une chose possible, ni souhaitable. Il prend la France en (contre-)exemple pour établir cette équation originale : protection social = hausse du chômage. Autrement dit, c'est en garantissant aux êtres humains les moyens de se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner et s'instruire que l'on crée du chômage. Avouez que ça fait quand même un choc de lire cela, surtout dans un journal aussi sérieux que le monde.

J'ai fait, malgré tout, un effort pour essayer de mieux comprendre l'équation de M. Le Boucher et je trouve ceci :
protection social = moins de bénéfice pour les entreprises
moins de bénéfices = plans sociaux
plans sociaux = hausse du chômage
Tout cela me paraît avoir du sens. Je serais même prêt à adhérer à cette logique si je ne savais pas que, même en faisant des bénéfices, les entreprises licencient. En effet, si nous en sommes encore à dire que les entreprises doivent s'enrichir pour créer des emplois, en réalité, nous constatons qu'aujourd'hui elles s'enrichissent, sans doute plus que jamais, mais cela n'empêche pas le chômage d'augmenter.

Eric Le Boucher donne une conclusion à son texte qui me semblait importante et que j'aurai également aimé commenter mais, très franchement, je ne comprend absolument rien à ce qu'il écrit. Peut-être pouvez-vous m'expliquer :
"On découvrirait alors la cause du mal : le système social français reste accroché à l'époque dépassée du keynésianisme, des "trente glorieuses" et du "fordisme" (production industrielle de masse et gains de productivité). Il ne s'est pas adapté au nouveau "capitalisme patrimonial", né de la libéralisation financière et de la mondialisation qui a besoin d'encourager les mouvements de destruction/création "schumpétérienne", nouveau moteur de la croissance, mais aussi d'en guérir les méfaits : exclusion et nouvelles inégalités. On sécurise encore les postiers quand il faudrait mettre l'argent "social" sur l'industrie de la connaissance, les Beurs et les mères célibataires. Réformé, notre modèle pourrait alors séduire d'autres pays et on pourrait reparler d'Europe sociale."

C'est vraiment du n'importe quoi, comme disent les gamins. Les économistes ont sans doute été formés pour comprendre ce genre de langage d'apparence très technique mais qui ne veut absolument rien dire. En parlant d'économiste (j'imagine qu'Eric Le Boucher doit en être un très bon) je crois, et c'est démontré depuis très longtemps, que nous pouvons compter sur eux pour qu'ils nous expliquent comme des riches peuvent toujours plus s'enrichir. Mais je m'étonne que ces brillants individus ne soient jamais en mesure de trouver des bonnes solutions pour que la femme qui dort dans ma rue, été comme hiver, trouve un toit pour s'abriter, de quoi manger et de quoi vivre tout simplement.
Les personnes comme elle ne représentent aucun chiffre dans les statistiques des économistes mais risquent d'être toujours plus nombreuse dans l'Europe libérale que préconise M. Le Boucher. Il vaudrait qu'il vienne un peu dans mon quartier pour voir qu'elles existent.

14/09/2004

Pendant quelques jours j'ai hésité. Ce blog aurait pu pendre fin avec ce poème écris le 7 septembre, ce qui, sans doute, aurait été la meilleure conclusion à tout ce que j'ai pu écrire ici depuis plus de 2 ans. Mais il faut croire qu'un petit espoir demeure encore en moi puisque je continue.

Dans son dernier numero (celui du 11 septembre), Télérama revient sur la petite phrase de Patrick Le Lay, celle par laquelle il explique sa mission à la tête de la première chaîne de télévision française. "Le métier de TF1 c'est d'aider coca-cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible (...) ce que nous vendons à coca-cola c'est du temps de cerveau humain." Ces propos, non seulement très clairs, mais aussi très justes, ne font que confirmer toutes les critiques que les intellectuels ont pu faire à propos de la télévision. A mon sens, un journal tel que Télérama aurait dû s'en féliciter puisqu'il ne cesse de critiquer (très sévèrement parfois) les programmes intellectuellement déficients de la Une, comme on l'appelle. Or, le journal s'en offusque. Marc Jézégabel écris : "On peut bien sûr ironiser sur sa soudaine franchisement (celle de Le Lay). Son courage presque de rompre avec l'hypocrisie ambiante et d'appeler un chat un chat. On peut aussi s'en offusquer. D'abord parce que c'est une insulte à tous les téléspectateurs de la chaîne (...). Ensuite parce que c'est une insulte à tous les collaborateurs de TF1. Enfin parce que c'est une offense à la mémoire de cette chaîne qui a porté la télévision française sur les fonts baptismaux"
Je trouve cela formidable. Patrick Le Lay insulte TF1 et Télérama défend TF1. C'est le monde à l'envers. Le Lay avoue son mépris des téléspectateurs et Télérama avoue qu'il préfère sauvegarder l'hypocrisie ambiante plutôt que de dire la vérité. Du coup, le journal lui offre une tribune de rattrapage, afin qu'il puisse revenir au langage qui doit être le sien et tenir les propos hypocrites qu'il n'aurait jamais dû cesser de tenir.
Patrick Le Lay, plein de bonne volonté, s'exécute. Je ne reconnais cependant pas le métier de TF1 dans cette formule et je ne me retrouve pas dans les propos qu'on me prête, déclare-t-il. (ouf, dirons certains). Heureusement que Télérama est là pour ramener le PDG de TF1 dans le droit chemin, celui de la parole en bois et de l'hypocrisie ambiante. L'interview se déroule très bien jusqu'à la fin où, sans doute, le journaliste en prend un peu à son aise (et je me demande pourquoi là, il n'a pas été censuré), il demande à Le Lay, Certains applaudissent en revanche votre franchise. D'aucuns estiment que le président de FranceTélévisions devrait contresigner cette déclaration. Ce à quoi Le Lay répond très franchement, vous voyez, il y a des gens intelligents. Je suis d'accord avec lui.
Effectivement, il y a des gens intelligents. Mais ce n'est manisfestement pas pour eux que l'on fait des programmes de télévision ni qu'on écrit des articles dans les journaux.
Je crois vraiment que les journalites devraient s'obliger à prendre, au cours de leur carrière, plusieurs années sabbatiques qui leur permettraient de prendre du recul pour réfléchir à leur métier. En quoi consiste-t-il réellement ?
Vendre du papier, des bonnes intentions, du temps de cerveau humain ou de la boisson gazeuse, tout ça c'est la même chose finalement.

07/09/2004

Le monde tel qu'il est

Le monde est en majorité
Peuplé de salopes et de salopards
Ce qui donne un sacré merdier
Où la connerie se recycle sans arrêt

On bande pour les salopes
On se soumet aux salopards
Ce qui fait qu'ils font tourner le monde
Que savons-nous encore des âmes nobles ?
C'est comme l'amour, elles existent

Nous le savons tous,

Elles existent !!!

Mais ne font pas tourner le monde
On bande pour les salopes
On se soumet aux salopards
Et ce sont eux qui font tourner le monde

06/09/2004

L'apparition des premières formes de croyances religieuses a peut-être donné naissance au fanatisme.
Mais il est possible qu'il ait existé avant.
En tout cas, il s'agit d'une maladie grave de l'humanité, dont nous ne parvenons pas à nous débarasser.

02/09/2004

La rentrée s'est bien passée, même pour les filles qui portaient un foulard sur la tête. Elles étaient 240. 170 l'ont retirés, d'après le ministre de l'éducation, sans faire d'histoire. Heureusement qu'il y a une loi. J'espère que nous n'aurons pas à reparler de cette mauvaise histoire.